La rencontre de deux artistes
Artiste complète — comédienne, chanteuse et danseuse — Maria Laura Baccarini a fait ses armes dans la comédie musicale, interprétant sur les scènes du monde les grands rôles du répertoire américain. Sa curiosité l’a menée très vite hors des sentiers balisés : collaborations avec des créateurs (Lambert Wilson, Régis Huby, Stephan Oliva, l’Orchestre national de jazz…) et projets personnels témoignent d’un goût constant pour le jeu scénique et la puissance des mots. Sur scène, sa voix se fait tour à tour théâtrale, fragile ou mordante ; ses arrangements dévoilent une attention fine aux textes et à leur sensualité rythmique.
À ses côtés, Hélène Labarrière inscrit la création dans une langue musicale et corporelle profondément ouverte. Contrebassiste à l’imaginaire foisonnant, son parcours traverse le jazz, l’improvisation, la musique contemporaine, les musiques traditionnelles et la chanson réaliste, jusqu’au théâtre engagé et au slam. Son jeu — à la fois souple, percussif et inventif — réinvente le rôle de la contrebasse : elle n’accompagne pas seulement, elle raconte, répond, et parfois prend le lead mélodique ou discursif.
La force poétique des textes
Ensemble, Baccarini et Labarrière tissent un duo qui mêle la dramaturgie vocale à un monde sonore riche d’improvisations et d’arrangements subtils. Le répertoire choisi, hommage à Fabrizio De André, porte une charge narrative et sociale — regard sur les marginaux, critique de la corruption, peur de la différence — que les deux musiciennes transforment en matière scénique et musicale. L’enjeu de la création est de préserver la force poétique des textes tout en ouvrant des espaces sonores inédits : silences, éclats instrumentaux, dialogues improvisés et réarrangements qui font basculer la chanson vers le théâtre et le jazz.
A forza di essere vento est une création qui promet une traversée à la fois musicale et politique : venez écouter comment deux femmes-artistes réinventent la mémoire et la colère des chansons pour les rendre résolument présentes.
Fabrizio De André
Fabrizio De André (Genova, 18 février 1940 – Milan, 11 janvier 1999) est l’un des plus grands auteur·e·s-compositeur·rice·s italien·ne·s, figure centrale de la « scuola genovese » des cantautori.
D’abord guitariste de jazz, il devient chanteur dans les années 1960 et mêle dès ses premiers albums influences folk, blues, musiques méditerranéennes et expérimentations — donnant à ses textes une richesse littéraire qui a souvent été comparée à de la poésie.
Reconnu pour son regard sur les marginaux, les exclus et les injustices sociales, De André a raconté des histoires de prostitution, d’errance et de rébellion avec un réalisme cru et une grande humanité ; ses thèmes (la marginalité, la corruption, la peur de la différence) conservent une forte actualité.
Parmi ses œuvres majeures figurent des chansons emblématiques comme « La canzone di Marinella » et l’album méditerranéen « Creuza de mä » (1984), souvent cité comme chef-d’œuvre de world music.Son influence est telle que ses paroles sont étudiées et citées dans des anthologies, et son œuvre continue d’inspirer de nombreuses reprises et réinterprétations en Italie et à l’étranger.



