L’Oreille du Perche : 5 ans d’écoute, de partage et de découvertes

À l’occasion de la 5e édition du festival, Vincent Guerrier (Le Perche) a rencontré Bénédicte Affholder et Claude Tchamitchian, cofondateurs de L’Oreille du Perche. Ils reviennent sur l’évolution du festival, son identité artistique et son ancrage dans le territoire.

L’Oreille du Perche célèbre sa 5e édition cette année : comment le festival a-t-il évolué depuis sa création ?

Claude Tchamitchian :
Dès la première année, nous avons eu la chance de susciter l’intérêt du public, et depuis, il ne cesse de grandir. Nous étions partis prudemment avec de petites églises de 80 à 100 places ; aujourd’hui, la capacité d’accueil atteint 650 places.

Mais au-delà des chiffres, ce qui est frappant, c’est l’évolution du rapport du public au festival. Au début, les spectateurs venaient souvent pour un seul concert. Aujourd’hui, plus de la moitié d’entre eux assistent à trois ou quatre propositions. Cela traduit une vraie relation de confiance et une fidélisation.

Nous observons aussi une diversification du public : davantage de jeunes, parfois amenés par leurs grands-parents, mais aussi des habitants qui ne fréquentent habituellement pas les salles de concert et viennent par curiosité, parce que cela se passe dans leur village.

Bénédicte Affholder :
L’esprit du festival est de créer un lien d’intimité entre artistes et public. Même si la fréquentation continue d’augmenter, nous tenons à préserver cette proximité. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons commencé à proposer des concerts hors festival dès 2025.

Aujourd’hui, L’Oreille du Perche fait pleinement partie du paysage culturel local. Cet ancrage s’est construit progressivement, en affinant notre programmation et en tissant des liens solides avec le public, les partenaires et les communes. Nous avons également gagné en visibilité au niveau national.

Votre programmation fait voyager de l’Italie au Moyen-Orient, du Portugal aux Amériques. Comment choisissez-vous les artistes ?

Bénédicte Affholder :
Deux approches guident notre programmation. Parfois, tout part d’un projet artistique qui fait émerger une thématique. D’autres fois, c’est une thématique — cette année « Voix d’hier et d’aujourd’hui » — qui structure le parcours.

Nous concevons l’ensemble comme un véritable cheminement : chaque concert éclaire les autres, et l’écoute successive transforme la perception globale du festival.

Claude Tchamitchian :
La thématique est un fil conducteur, mais nous cherchons toujours des approches singulières et surprenantes. Nous privilégions des artistes capables de créer du lien avec le public : des musiciens habités, mais jamais enfermés dans leur bulle. Ce qui nous importe, c’est autant la qualité artistique que la capacité à partager.

Pourquoi est-il important de donner une place à des musiques peu médiatisées ?

Claude Tchamitchian :
Les circuits médiatisés répondent souvent à des logiques économiques. Cela ne remet pas en cause leur qualité, mais laisse de côté de nombreuses formes de création.

Ce sont précisément ces musiques-là qui nous intéressent : celles qui ouvrent l’écoute, surprennent, et offrent une richesse d’émotions et de singularité que l’on trouve rarement ailleurs.

Pourquoi accorder une place importante à la poésie et aux textes

Bénédicte Affholder :
La musique est intimement liée au langage. Aujourd’hui encore, la grande majorité des musiques intègrent la voix. Les mots sont une composante essentielle de l’expérience musicale.

Claude Tchamitchian :
Nous aimons détourner les formes connues — chanson, lecture — pour en révéler d’autres facettes. Explorer des manières inattendues de faire dialoguer texte et musique fait partie de l’ADN du festival.

Comment les spectateurs rencontrent-ils les artistes ?

Bénédicte Affholder :
Le moment clé, c’est la buvette, avant et après les concerts. Tout le monde s’y retrouve : public, artistes, équipe. Cela crée des échanges spontanés et précieux.

Nous limitons volontairement les jauges pour rendre ces rencontres possibles.

Claude Tchamitchian :
La proximité physique dans les églises joue aussi un rôle essentiel. Être proche des artistes pendant le concert facilite naturellement la rencontre ensuite.

Comment attirer un public nombreux en milieu rural ?

Claude Tchamitchian :
Trois mots : qualité, sincérité, accueil. Nous construisons une programmation exigeante, pensée pour ce territoire, et non transposable ailleurs.

Nous voulons que les habitants se sentent chez eux, avec une offre artistique à la hauteur des grandes scènes.

Bénédicte Affholder :
Un festival s’incarne dans celles et ceux qui le font vivre. L’engagement des équipes, bénévoles comme professionnelles, crée cette sensation d’appartenance. Le public se reconnaît dans cet état d’esprit.

Frédéric Pierrot rejoint la programmation cette année. Comment s’est faite cette collaboration ?

Claude Tchamitchian :
La rencontre s’est faite en dehors du festival autour du projet L’Intranquillité de Pessoa. Initialement en duo avec Christophe Marguet, le projet est devenu un trio que j’ai rejoint.

Frédéric Pierrot a un rapport très profond à la musique. Sur scène, il ne s’agit pas d’un texte accompagné, mais d’un véritable dialogue artistique. C’est une proposition forte, qui s’inscrit pleinement dans notre volonté d’explorer des formes singulières.

Un mot pour convaincre de venir ?

Bénédicte Affholder :
Venez découvrir…

Claude Tchamitchian :
…et surtout, ayez l’envie d’être surpris.

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